Guides · Mis à jour le 26 octobre 2026
Bornage d’un terrain : à quoi il sert, qui le fait et qui le paie
En bref
Le bornage fixe la limite juridique entre deux terrains voisins et la marque au sol par des bornes. L’article 646 du code civil permet à tout propriétaire de l’imposer à son voisin. Ce travail est réservé aux géomètres-experts inscrits à l’Ordre, qui consignent la limite dans un procès-verbal signé par les deux parties. Le plan cadastral sert d’abord à l’impôt foncier : ses limites et ses surfaces n’ont qu’une valeur indicative. En cas de désaccord, le tribunal judiciaire tranche, après une tentative de règlement amiable.
Vérifier ou faire borner un terrain
1. Identifier la parcelle
Cherchez l’adresse sur la carte OpenParcels et ouvrez la fiche du terrain. Notez la section et le numéro cadastral, que le géomètre-expert et le notaire vous demanderont, et comparez la surface affichée avec celle de votre acte de propriété.
2. Chercher un bornage déjà réalisé
Regardez les annexes de votre acte de vente ou interrogez le notaire qui l’a reçu. Le portail Géofoncier, créé par l’Ordre des géomètres-experts, recense les interventions des géomètres sur une parcelle. Le géomètre-expert qui a fait le bornage en garde le dossier.
3. Proposer un bornage amiable au voisin
Écrivez-lui, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception, et proposez le nom d’un géomètre-expert. Vérifiez auprès de l’Ordre des géomètres-experts que le professionnel choisi y est inscrit.
4. Faire publier le procès-verbal
L’enregistrement au service de publicité foncière est facultatif. Il rend le bornage opposable à tous, y compris aux futurs acheteurs et aux héritiers. Le notaire s’en charge en général.
Plan cadastral et bornage
Le plan cadastral a été conçu pour identifier les propriétés à des fins fiscales. Dans une réponse publiée au Journal officiel le 20 juin 2006, le ministère de l’Économie rappelle qu’il ne garantit ni la superficie d’un terrain ni l’identité de son propriétaire, et que sa valeur juridique sur ces points se limite à celle d’un « indice réfutable ». Les actes de vente doivent pourtant désigner chaque bien par sa section et son numéro de plan, en application de l’article 870 du code général des impôts.
Le bornage établit la limite de propriété elle-même. Il est fait contradictoirement, en présence des voisins, et s’appuie sur les titres de propriété et l’examen des lieux.
La surface affichée sur la fiche OpenParcels est la contenance cadastrale, celle que publie l’administration fiscale. Elle peut différer de la surface bornée. Pour connaître la surface réelle d’un terrain, il faut une mesure faite par un géomètre-expert, lors d’un bornage ou d’un arpentage.
Ce que prévoit l’article 646 du code civil
L’article 646 tient en deux phrases, en vigueur depuis le 21 mars 1804 : « Tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës. Le bornage se fait à frais communs. »
La demande peut venir du propriétaire, de l’usufruitier, du nu-propriétaire ou d’un héritier. L’action en bornage n’a pas de délai de prescription : elle peut être engagée à tout moment, sauf si un bornage définitif existe déjà. Elle ne vise que des terrains privés voisins. La limite avec une voie publique relève d’une autre procédure, l’alignement individuel.
Le géomètre-expert, seul habilité à fixer les limites
La loi n° 46-942 du 7 mai 1946 confie au géomètre-expert les études et travaux topographiques qui fixent les limites des biens fonciers, dont les plans de bornage et de délimitation (article 1er, 1°). Il les réalise en son propre nom et sous sa responsabilité personnelle.
L’article 2 de la même loi réserve ces travaux aux géomètres-experts inscrits à l’Ordre. Seuls les services publics en sont dispensés, pour les travaux qui leur incombent.
Le bornage amiable et son procès-verbal
Une fois le voisin informé, le géomètre-expert se rend sur place, examine les titres de propriété des deux terrains, détermine la limite et pose les bornes. Il rédige ensuite un procès-verbal de bornage accompagné d’un plan, que chaque propriétaire signe.
Ne signez que si vous êtes d’accord avec le contenu. Après signature, le procès-verbal ne peut plus être contesté, et un juge ne peut pas ordonner un nouveau bornage de la même limite. Le géomètre-expert conserve le procès-verbal et le plan dans ses archives, et le notaire les annexe souvent à l’acte de vente.
Le bornage judiciaire
Si le voisin refuse ou si les deux parties ne s’entendent pas sur la limite, l’affaire relève du tribunal judiciaire du lieu où se trouve le terrain (article R211-3-4 du code de l’organisation judiciaire). Avant de le saisir, il faut tenter de régler le litige à l’amiable, par une conciliation, une médiation ou une procédure participative, au choix des parties. Sans cette tentative, le juge peut déclarer la demande irrecevable (article 750-1 du code de procédure civile).
Le conciliateur de justice intervient gratuitement. La médiation est payante, et la procédure participative se fait avec un avocat. Devant le tribunal, le juge désigne un géomètre-expert pour fixer la limite, puis rend un jugement que chaque partie reçoit et doit conserver.
Le bornage obligatoire dans les lotissements
L’article L115-4 du code de l’urbanisme vise la vente d’un terrain sur lequel l’acquéreur veut construire un logement, ou un local mixte d’habitation et professionnel. Lorsque ce terrain est un lot de lotissement, une parcelle issue d’une division faite par l’aménageur dans une zone d’aménagement concerté, ou issue d’un remembrement par une association foncière urbaine, la promesse ou le contrat de vente doit reprendre le descriptif du terrain résultant du bornage.
Si cette mention manque, l’acquéreur, ou le bénéficiaire d’une promesse de vente, peut demander la nullité jusqu’à un mois après la signature de l’acte authentique (article L115-5). La signature d’un acte authentique qui contient la mention éteint ce droit pour la promesse ou le contrat qui l’a précédé.
Questions fréquentes
Qui paie le bornage d’un terrain ?
Les deux voisins, selon le code civil. Pour un bornage amiable, les honoraires du géomètre-expert sont en général partagés à parts égales, et les voisins peuvent convenir d’une autre répartition. Pour un bornage judiciaire, le juge peut partager les frais ou les mettre entièrement à la charge du voisin qui a refusé le bornage amiable.
Mon voisin peut-il refuser le bornage ?
Non. Dès qu’un propriétaire concerné le demande, le voisin ne peut pas s’y opposer. S’il ne donne pas suite, la voie judiciaire est ouverte une fois la tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative restée sans résultat.
La surface inscrite au cadastre peut-elle être corrigée ?
Oui. Selon la réponse ministérielle de 2006, un propriétaire peut faire arpenter son terrain par un géomètre-expert et demander que la mesure remplace la surface de la documentation cadastrale, avec mention de son origine.
Peut-on vendre un terrain à bâtir sans bornage hors lotissement ?
Oui. Quand l’acheteur veut y construire un logement, le premier alinéa de l’article L115-4 du code de l’urbanisme impose seulement que la promesse ou le contrat de vente indique si le descriptif du terrain résulte d’un bornage.
Comment connaître la limite entre mon terrain et la route ?
Demandez un arrêté d’alignement individuel, gratuit : à la mairie pour une voie communale, aux services du département pour une route départementale, à la direction interdépartementale des routes pour une route nationale (à la DRIEAT en Île-de-France). Les chemins ruraux n’appartiennent pas au domaine public : leur limite figure sur le plan annexé à la délibération municipale qui les a créés ou modifiés, ou se fixe par un bornage.
Que risque-t-on en déplaçant une borne ?
Déplacer ou supprimer une borne est une infraction pénale. Le voisin lésé peut porter plainte auprès de la police, de la gendarmerie ou du procureur de la République. Il peut aussi saisir le tribunal judiciaire en référé pour faire rétablir les bornes et obtenir des dommages et intérêts.
Sources
- Code civil, article 646 (bornage), Légifrance
- Code de l'urbanisme, articles L115-4 et L115-5 (bornage et vente de terrains à bâtir), Légifrance
- Loi n° 46-942 du 7 mai 1946 instituant l'Ordre des géomètres-experts, article 1er, Légifrance
- Loi n° 46-942 du 7 mai 1946, article 2 (travaux réservés aux géomètres-experts inscrits), Légifrance
- Code de procédure civile, article 750-1 (tentative de règlement amiable), Légifrance
- Code de l'organisation judiciaire, article R211-3-4 (actions en bornage), Légifrance
- Bornage de terrains, Service-Public.gouv.fr (vérifié le 12 septembre 2025)
- Alignement individuel, Service-Public.gouv.fr (vérifié le 11 avril 2025)
- Question écrite n° 72292 sur la valeur du plan cadastral, réponse publiée au JO le 20 juin 2006, Assemblée nationale
- Géofoncier, portail de l'Ordre des géomètres-experts